mardi 4 octobre 2016

Les acrobates du doute - Octobre (1)

Bonjour à tous!


Aujourd'hui, je viens de finir de corriger la nouvelle d'un ami, et tandis que nous discutions sur le sujet et mes commentaires, j'ai pensé qu'il serait peut-être utile de faire tomber un voile. Le processus créatif, qu'il s'agisse d'écrire, de dessiner, et, je suppose, de danser, jouer la comédie, sculpter et tout ce qui s'en suit, est douloureux et se développe sur le fil. Créer n'est pas facile. 

Je vais bien sûr parler davantage des auteurs, parce que là seulement se trouve mon expérience. En tant qu'auteur, j'ai plusieurs compagnons de voyage: l'enthousiasme, l'imagination, bien évidemment, mais aussi un clandestin tapi dans l'ombre: le doute. Le doute et la remise en questions sont omniprésents, depuis le premier mot jusqu'à la sortie du livre et même après, quand il est entre les mains des lecteurs. Le nez dans le guidon, nous relisons ce que nous faisons et nous doutons. Tous. D'où cette note de blog. 

 Nous commençons tous à créer à cause de deux moteurs: l'envie, et l'idée. Généralement, la première est proportionnel à la seconde. Plus l'idée nous fait rêver, plus elle est cool, envahissante, plus on a envie de la faire partager, et plus l'envie de la réaliser augmente. Ces deux moteurs sont nécessaire pour se lancer. Si on n'a pas l'idée, l'envie ne suffit généralement pas, et si on a l'idée mais pas l'envie, tout devient laborieux. Lorsqu'on a les deux, se lancer est facile. Et la première phase d'écriture, je dirais la première moitié d'un projet, en gros, est souvent la plus agréable et la plus exaltante. On pose les base, on rencontre les héros, on découvre l'univers et on est heureux d'avoir commencé. 



"This could make a good story!"


Puis, à mesure qu'on écrit, que l'histoire se densifie et prend forme, le doute sort de l'ombre. La première raison est souvent que, passé la mise en place qu'on a fantasmé vingt millions de fois dans sa tête, on est entré dans les brumes de la suite, celle qu'on avait envisagée, mais jamais regardé en face. Alors ça y est, le héros et la situation sont posés, les enjeux sont clairs (on a fait en sorte de, en tout cas), les méchants sont identifiés, on est à l'aube de poser le pied dans le vide pour se jeter à l'aventure et... et comme notre héros, le doute nous vient. On est tenté de relire son début, pour être sûr, pour peaufiner, plutôt que de sauter le pas. On cherche la flamme qui a animé les sessions d'écriture jusque-là. Puis on saute et on avance à tâtons. On a des grands moments d’exhalation, et d'autres de profonde errance. On est entré dans le processus créatif. 



C'est pour TOUT LE MONDE PAREIL
Qu'on se le dise.


Attention, ça tourne en boucle. Et le but, le but unique quand on réalise un travail de création, c'est de dépasser les points 3 et 4. Rien n'est plus important. Parce que si on s'entête, on dépasse le moment où on trouve que tout ce qu'on a fait est nul (à force de se relire, on ne sait même plus si ce qui nous avait amusé/plu/subjugué est vraiment bien, on peut même en arriver à douter de l'idée, le moteur originel) et alors on peut FINIR. Et rien n'est plus important que ça, parce que quand vous aurez fini, vous aurez un nouveau compagnon de voyage pour tenir le doute en respect: vous aurez l'accomplissement

Ce n'est pas grave de douter. Tout le monde y passe: un jour un peu plus gris que les autres, une remarque mal interprétée, un autre livre qu'on trouve plus génial que le sien, et c'est parti. On se dit que  ça n'en vaut pas la peine, que peut-être on n'y arrivera pas, que si c'est laborieux c'est qu'on est pas fait pour ça, et tout un tas de truc du genre. Il faut bien se mettre en tête que ce n'est facile pour personne: oui, il y a l'idée et l'envie chez tous les auteurs, mais ceux que vous admirez, ceux pour qui ça a l'air simple, ils sont passés par les mêmes doutes que vous. Et ils les ont dépassés. Faites comme eux



Et c'est le moment de ressortir Ira Glass. 
On ne ressort jamais trop Ira Glass. 


Vous voulez être un auteur? Agissez en auteur. Que fait un auteur? Il écrit. Alors, écrivez. Ce n'est pas grave si vous êtes perdus dans les points 3 et 4, écrivez. Dépassez les difficultés, comme vos héros. Vous n'allez pas abandonner alors qu'ils sont dans la panade? Faites comme eux. Soyez héroïques. Avant que vous ayez eu le temps de réaliser ce que vous avez fait, vous serez à la fin et derrière vous se trouvera votre idée, enfin sur le papier. Et peut-être qu'elle ne sera pas à la hauteur de ce que vous espériez. Vous savez quoi? Ce n'est pas grave. Parce que vous pouvez réécrire, et corriger. 

Ce sera plus facile à chaque fois. Une fois que vous aurez contré le doute une fois, il sera moins effrayant quand vous le croiserez de nouveau. Un bon exercice pour dépasser le doute est le NaNoWriMo. Comme il met une deadline sur nos têtes, il coupe le sifflet au doute, qui n'a pas le temps de s'exprimer, et c'est tant mieux. Une fois que vous aurez terminé un livre une première fois, vous saurez que vous pouvez le faire et le refaire sera plus simple. Et vous pourrez reprendre le processus créatif au début. Parce que même si vous êtes très fier de ce que vous avez fait, le doute à vingt millions d'outils à sa disposition. Il ne s'en ira pas comme ça. 



Vous aurez les mêmes doutes, notamment le dernier, là. 


Ah, un détail. Une fois le livre fini, on oublie les moments de souffrance, vraiment. On oublie qu'on a douté. Il ne reste que le plaisir et la fierté. Et c'est tant mieux, ça donne l'énergie de recommencer.   

On se revoit vite, pour parler d'écriture encore, et du Nano qui approche! 




À très vite

Andoryss 









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