mercredi 19 octobre 2016

Ecrire pour de bon - Article 1: l'envie et l'idée: - Octobre (2)

Bonjour à tous!

Je reviens tout juste du Festival de l'Imaginaire du Pays d'Aix de Lambesc, où j'ai eu le plaisir d'intervenir auprès de huit classes de collège autour des romans Les enfants d'Evernight et L'Architective. Et lorsqu'on parle avec des collégiens, on en trouve toujours un ou deux, là, dans les rangs du milieu, un peu cachés, un peu souriants, qui ne paient pas de mine et tout à coup vous posent LA question qui vous fait immédiatement comprendre qu'ils écrivent aussi.

Déjà, à vous tous que j'ai croisé la semaine dernière, MERCI. Parce que ça fait du bien de vous rencontrer, et parce que vous êtes les futurs auteurs des livres que je vais adorer demain. Mais pour ça, vous m'avez demandé des conseils et mon avis. J'y avait déjà répondu alors, et j'ai décidé d'en remettre une couche ici, pour tous les autres qui n'étaient pas avec nous. Après tout, tous mes amis auteurs se fendent de conseils sur l'écriture, il fallait bien que ce soit mon tour à un moment. 




La superbe affiche du festival,


Attention, les conseils que je vais donner ici sont plus des conseils théoriques que pratiques. Il ne s'agit pas de méthodes, mais plutôt d'état d'esprit. Pour la méthode, je ferai sans doute une autre note de blog plus tard, sur la construction des personnages, la structure du récit, et toutes ces sortes de choses. Mais on n'en est pas là. Pour l'heure, je veux juste débroussailler le chemin devant l'aspirant auteur, et pointer les pièges. Parce que des pièges, il y en a, qui vous feront trébucher, et qui potentiellement vous feront arrêter d'écrire. Comme c'est justement ce que je veux éviter, on va en parler, et faire en sorte que quand vous tomberez dessus (parce que ça arrivera, aha) vous vous souveniez qu'ils étaient là pour tout le monde et qu'il s'agit d'en sortir pour avancer. Je vous fais confiance pour réussir. Moi, j'y crois. Alors en avant!




Sous vos yeux ébahis, la tête du conseil n°1


1/Commence par finir ce que tu commences

Oui, je sais, ça a l'air débile comme ça, mais pour moi, c'est LE piège. Je cite cet exemple à chaque fois. Dans La Peste, de Camus, il y a l'un des personnages qui est en train d'écrire un roman. Un roman si génial, si merveilleux, qu'il révolutionnera l'histoire des romans. Quand d'aventure on se rend chez ce personnage, les lieux sont pleins de feuilles couvertes de son écriture. Et, pourtant, à un moment on apprend qu'il y a là uniquement des milliers de fois... la première phrase de ce roman. Parce que le personnage n'arrive pas à trouver la formulation parfaite, alors il réécrit sans cesse cette première phrase en espérant parvenir à la version ultime. Et bien sûr, il n'y arrive jamais.

Voilà. Camus vous a présenté le premier piège.

Ne commencez pas sans cesse un roman, ni un nouveau, ni le même. Il faut, à un moment, non pas commencer mais finir. Parce qu'en écriture, ce n'est pas le début qui est dur, c'est le corps et la fin, comme je le disais dans la note de blog précédente. Et il FAUT dépasser ça. "Fight your way through that", comme dirait Ira Glass. Avancez. Refusez de relire ce que vous avez écrit, ne revenez pas en arrière, et avancez. Et avant de corriger, relire, ou commencer autre chose, FINISSEZ. C'est essentiel. Croyez-moi. 






2/Construire son histoire

Bien sûr, on m'a posé la question de l'inspiration. L'idée, quoi. L'idée qui vous guide peut venir de plein d'endroits différents: un rêve que vous avez fait, une association d'idée comme ça a été mon cas pour l'Architective, d'un mot, des paroles d'une chanson, d'une personne que vous connaissez, mais aussi des films que vous avez vu et des livres que vous avez lu. Peu importe en vrai. 

La seule grande vérité, c'est que L'INSPIRATION NE SUFFIT PAS. 

Si vous attendez que l'histoire tombe toute prête sur vos feuilles, vous allez au-devant de grandes désillusions. Une histoire, ça se nourrit, ça se construit, ça se travaille. Posez-vous des questions: quel est le but de mon personnage? Comment fonctionne son monde? Qui s'oppose à ce qu'il réussisse? Tant que vous ne pouvez pas répondre à toutes les questions, vous n'avez pas fini de bâtir votre univers. Vous pouvez commencer à écrire sans, mais moins vous en saurez, plus grand sera le risque que vous n'atteigniez jamais la fin. Au contraire, plus vous en saurez, et plus l'histoire vous paraîtra naturelle. Mais pour ça, il ne faut pas attendre que ça vienne, il faut creuser, réfléchir, inventer, et construire chaque jour un peu plus cette idée que vous avez eue. Quitte à tout changer par la suite; ce n'est pas grave, ce ne sera jamais du temps perdu. 




"Être dans les clous", allégorie



3/Accepter l'imparfait

Vous atteindrez un moment où, en cours d'écriture, vous aurez la sensation d'avoir fait de la m**de. C'est normal, ce n'est pas grave, et ce n'est sans doute pas complètement vrai. Peut-être un peu, mais même si c'est le cas, laissez courir. Vous n'êtes pas en train d'essayer d'écrire un premier jet merveilleusement parfait, ou alors, cette fois encore, vous allez au devant de grande désillusion. Non, vous êtes en train d'essayer de raconter une histoire. Du coup, ça n'a pas d'importance si, la première fois que vous la racontez, elle n'est pas parfaite: vous pourrez la raconter encore par la suite, et l'améliorer à chaque passage.

Le secret pour dépasser ce piège-ci, c'est le lâcher prise.

Laissez courir. Même si votre chapitre ne vous plaît pas, si vous avez la sensation que toute votre histoire est bancale, si vous ne comprenez plus vos personnages, faites vous violence et revenez au point 1: finissez. Le reste, vous verrez plus tard. Acceptez de ne pas faire bien du premier coup. Vous n'en serez que plus fort par la suite. 




L'amour vache. 


4/Aimer ses personnages

Et ça ne veut pas dire forcément leur sauver la peau. Tout ce que ça veut dire, c'est qu'il faut que vous en ayez quelque chose à faire. De chacun d'entre eux. TOUT LE TEMPS. Si au bout d'un moment vous n'en avez rien à cirer d'un de vos persos, il y a fort à parier que le lecteur aussi. Si votre personnage est poussif, qu'il vous agace, qu'il vous fatigue, là encore il y a fort à parier que le lecteur aussi. Et quand vous le lâchez pour en suivre un autre, vous risquez fort de trahir tout à la fois le point 1 de cette série et une autre règle majeure de l'écriture, celle du respect du contrat entre vous et le lecteur.

Vous devez toujours raconter l'histoire depuis le personnage qui agit, qui change le monde et l'histoire: si vous pouvez en changer en cours de route, c'est que ce contrat n'est pas rempli.

Et ça signifie que votre personnage est dispensable... quelle impression est-ce que cela renvoi au lecteur qui se l'est coltiné jusque là? Oui hein, pas terrible. Vous pouvez tuer vos personnages. Vous pouvez les faire souffrir. Vous pouvez les torturer. Mais n'acceptez pas qu'ils ne soient pas intéressants, qu'ils ne soient que spectateurs, ou qu'ils ne servent à rien. Aimez-les, choyez-les et, en conséquences, impliquez-les, sans quoi votre histoire risque de ne pas fonctionner, 



Sisyphe. Qui ne sait pas Google.



5/Sur le métier cent fois remettez votre ouvrage

Quand vous aurez fini le premier jet, quand vous aurez sous les yeux la première version de votre histoire, quand vous aurez dépassé tous les pièges et la ligne d'arrivée, alors il sera temps de recommencer. Pas forcément tout de suite, et pas tout seul. Faites relire votre prose, relisez-la vous-même, annotez, réfléchissez, comparez.

Et quand vous vous sentirez prêts, réécrivez.

Tout ou partie, ce n'est pas la question: la seule chose qui importe, c'est que vous réécriviez pour rendre l'oeuvre meilleure et approcher de près ou de loin cette perfection que vous visez. Votre histoire mérite d'être racontée le mieux possible, alors il faudra sans doute la réécrire plusieurs fois avant qu'elle n'atteignent ce point. Et plus vous écrirez, plus vous écrirez bien. C'est le cadeau que fournit tout travail: on progresse.

Voilà. Dans moins de quinze jours, c'est le NaNo. L'occasion idéale de mettre tout ça en pratique, non?



Bon courage à tous et à très vite.

Andoryss



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