dimanche 25 janvier 2015

Un petit déjeuner avec Robin Hobb, 2ème partie: Les Architectes - Janvier (3)

Bonjour à tous! 

On poursuit dans l'analyse de la métaphore évoquées dans le dernier article, juste ici. Comme je l'ai expliqué précédemment, Robin Hobb avait détaillé au cours d'un petit déjeuner aux Imaginales en 2008 la classification des auteurs en deux catégories: les architectes et les jardiniers. Aujourd'hui, nous allons nous intéresser au mode de travail des architectes.



Ceci est un brouillon de J.K Rowling qui traine depuis quelques jours sur le net
Harry Potter et l'Ordre du Phénix, en l’occurrence. 
M'a tout l'air d'être un poil architecte, donc...


Les architectes sont des prévoyants. Ils préparent, sysnopsisent, découpent, agencent, calculent, montent la charpente, pèsent chaque chapitre, élaborent des stratégies, prennent des notes, résument, et quand ils ont noircis des pages et des pages de carnet, qu'ils ont tout disséqués, prévu et préparé, alors ils écrivent. Voilà ce que j'écrivais sur les Architectes en aout 2008, sur le vieux blog

"Chose promise, chose due, aventurons nous un peu dans le domaine privilégié des architectes, ces forcenés du travail qui ne prennent la plume qu'une fois qu'ils ont fini Si, si, c'est cohérent, je vais le démontrer.

L'architecte lambda ne se contente JAMAIS d'un personnage, ou d'une situation. Une fois qu'il a l'un et l'autre, il les retourne, les dissèque, les décrit, bref, les analyse et presse leur carcasse jusqu'à avoir puisé tout le jus. Une fois cela fait, il tisse sa toile des tenants, des aboutissants, des enjeux, des rebondissement et du final qui tue sa mère! (C'est une expression. L'architecte n'est pas Walt Disney, il n'aime pas tuer les parents de ses héros : ça a été fait avant lui, et c'est trop simple)

Lors du tissage de toile, il observe les fils qui s'entrecroise et note méticuleusement que là, à cette endroit, il faudra bidouiller une allusion ou un rebondissement. Une fois le compte de ces "nœuds" établis, la psychologie, généalogie, compétence, physique, moralité de TOUS les personnages dument couchés sur le papier et classés, une fois l'âge du Capitaine posé en équation et la maquette des lieux terminés, une fois la chronologie de l'histoire poussée à la seconde rédigée... l'architecte est content (maso!). :)
A partir de là, il découpe son bel assemblage, le morcelle, choisi les pistes à laisser, celles à couper, peaufine son œuvre d'art et rassemble le tout comme une maquette en taille réelle...
Et enfin, les chapitres prévus et agencés, l'architecte ECRIT!

Et bien, en plus. Il suit sa progression, agence au mot près, cherche l'effet choisi, ne laisse pas de place à l'erreur... et quand, comme Zegatt l'affirme, il laisse la place libre à l'un de ses personnages, ce n'est pas sans avoir pesé les tenants, aboutissants, seins de la crémière et âge du capitaine inclus... (ne niez pas!)
J'ai beaucoup d'admiration pour les architectes (je sais, ça se sent pas). Ils sont capables de gérer au millimètre près leur histoire, ils sont à fond, et ce, dès le début, quand les jardiniers ne connaissent tout de leur histoire qu'à la fin de celle-ci.

Pourtant, je ne pourrais jamais être architecte (je veux pas, en plus. Trop fatiguant.)
La dernière fois que je me le suis tenté, j'ai eu des dommages corrélés. Quand j'ai fait savoir aux personnages que là, ok, c'était bon, j'avais fait le principal du boulot et ils avaient qu'à prendre la suite, pourquoi le nier, ils m'ont renvoyé sur les roses, genre "Tu nous as rien laissé faire, on a bien glandé, on va où, maintenant?" Et laissez moi vous dire qu'il leur a fallu un certain temps d'adaptation pour clore la situation dans laquelle je les avait mis. Ils l'ont fait certes très bien, mais la prochaine fois, je me le suis promis, je leur laisserai plus de marge de manœuvre, comme avant. Après tout, les acteurs, c'est eux."


  
C'était un autre temps, un autre blog. 
Moi aussi, je faisais des brouillon au bic bleu, 
mais ils n'avaient ni la même gueule, ni la même utilité...


Aujourd'hui, près de sept ans après les évènements, je serai plus pondérée. D'abord parce que j'ai mis de l'eau dans mon vin avec l'âge, et ensuite parce qu'à force de faire du scénario, je me suis faite un peu architecte, par nécessité...et puis aussi par souci d'efficacité. 

Il y a certains cadres qui nécessitent un travail d'architectes. Par exemple, écrire un polar en jardinier va demander une quantité de boulot incroyable au moment du retravail du texte. Commencer un roman policier sans savoir qui a tué qui et comment me semble, de base (je n'en ai jamais écrit un seul) une mauvaise idée. Donc, dans certains cas (et l'écriture du scénario de BD en fait partie), il est essentiel de passer par des étapes d'architecture. Le récit y gagne, et l'auteur aussi.

Quand j'ai assisté aux rencontres avec Christophe Lambert et Yves Lavandier, toujours dans le cadre des Tremplins, nous avons alors beaucoup discuté structure du récit. Et il y a des choses à apprendre, et plein! Il suffit de lire les théoriciens du genre. Ce sont des pépites de bon sens et une boîte à outil sans fond pour les apprentis écrivains. On y trouve de tout! Des notions de rythme, de structure, des leçons sur la construction d'une histoire et des personnages, sur la dramaturgie, et l'idée de conflit, mais aussi des conseils, des trucs et astuces, bref, des merveilles.

Tous ces points ne sont utilisables que si l'on accepte, en partie du moins, de se faire architecte. Le jardinier peut arriver au même résultats intuitif, parce que sa culture littéraire ou autre, d'ailleurs, l'a naturellement conduit à savoir gérer un récit, mais si ce n'est pas le cas, il existe un véritable intérêt à se faire architecte au moins pour ces points de travail là. Et si l'ont veut laisser pousser la glycine sur la pergola sans la tailler, après, c'est un choix.


Et c'est beau, en plus


Je mets aussi un bémol aux belles certitudes que je balançais il y a sept ans parce que l'architecte peut prévoir tout ce qu'il veut, pour avoir discuté avec nombres d'entre eux, si certains gardent de A à Z la totalité de leurs prévisions et de leur découpage, il existe d'autres architectes qui, bien qu'ayant tout prévu, se laissent emporter par leurs personnages et finissent à côté du joli plan dressé à l'origine. Pour autant, ce n'est pas grave. C'est même jouissif.

 En gros, il existe des nuances entre les architectes et les jardiniers. Plein! Et certains projets nous rendrons plus architectes, ou plus jardiniers, selon la nécessité. 

Et ça non plus, ce n'est pas grave. 

On revient demain pour parler des jardiniers, du coup... 

Bises

Andoryss


PS: Petit guide pratique à l'intention de ceux qui chercheraient de la lecture théorique sur l'écriture, on a ça ou bien ça, ou encore ça ou ça. Pour les architectes, bien sûr, mais les jardiniers ont aussi le droit de les lire, hein.



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